Etat d’insurgérence

09/03 Ecrit dans l’urgence, dans la vague de l’insurrection ambiante

Il y a quelque chose de pourri dans ma démocratie

quand

des élus

restent

élus

alors qu’ils

votent des lois

qui apparemment

ne les concernent pas

468 députés

absents

pour voter l’urgence d’un état

voter l’ingérence d’un entre-soi

moi je vois déjà

le lobby policier

le lobby politico-financier

décider

de la vie et de la mort

de nos prochaines

années

Merci au

49/3

 

Il y a quelque chose de pourri dans mon état de droits

pour que

sans foi ni loi

celui

qui pour

dans sa jungle urbaine

survivre

vends son shit

aux parvenus

qui sont bien loin

de ses prisons

lui qui

est né au mauvais

endroit

au mauvais

moment et

se prend une peine

purge

ça me rappelle

en d’autres temps

la purge ethnique

et ça

c’est des trucs

qui font mal

au coeur au corps et à la tête

rien qu’à

y penser

mais maintenant

ça s’appelle

la purge

sociologique

 

Il y a quelque chose de pourri dans ma liberté

quand

les communautés

se referment

et

attisent les haines

et quand

je ne peux plus

aller quelque part

faire

quelque chose

avec

quelqu’un

parce que

ces endroits

ne sont plus

aussi ouverts

qu’ils étaient

autrefois

parce que

tout à coup

la rue

n’est plus

à tout le monde

mais

en tout cas

plus à toi

 

 

 

il y a quelque chose de pourri dans mon égalité

quand

mosquée et synagogues

sont brûlées

et que les curés peuvent encore

en toute impunité

détruire les âmes

de leurs

jeunes initiés

sans être

plus que ça

inquiétés

quand

être femme c’est

se battre deux fois plus

que

les hommes

pour

pouvoir enfin exister

Quand

dans une soirée

par son mari

sans cesse humiliée

c’est sa femme qui

le lendemain

prends son téléphone

pour

l’excuser

 

Il y a quelque chose de pourri dans ma fraternité

quand

on passe

encore

sans regarder

le pas-de-chance

qui git sur les pavés

et

qu’on se dit

dans un soupir

ça aurait pu

être moi

mais ça ne l’a

pas été

ça pourrait

être moi

mais ça ne l’est pas

Quand aux infos

on voit la jungle de Calais

et

en secouant la tête

on soupire encore

sans se dire

j’aurais pu y aller

j’aurais du y aller

je devrais y aller

 

Vieillerie#2

[Vieillerie, ce sont des vieux textes, qui, comme leur nom l’indique, ont été écrit/pensé il y a longtemps, et sur lesquels je retombe inopinément]

 

Je ne sais plus quand

j’ai commencé à mentir

à dire les ciels bleus

Quand gris

ils étaient dans mes yeux

je ne sais pas non plus

quand

les nuages du dedans

ont fini par sortir

et eu raison

de ma peau.

Poésie du dimanche

Il faut bien extraire la matière
de la grisaille du dimanche soir
après avoir feuilletés de clics
les pages du bonheur;
Hé, mon gars, t’as éjaculé ton amour?

Vieillerie#1

[Vieillerie, ce sont des vieux textes, qui, comme leur nom l’indique, ont été écrit/pensé il y a longtemps, et sur lesquels je retombe inopinément]

Pas de places dans les carcasses ni de freins dans les reins

J’ai l’impression d’être bloquée sur repeat,
ne plus pouvoir jouer cette petite musique
qui autrefois guidait au fond de moi
mes pas vacillants mes pas-à-pas
je ne peux plus jouer à avancer
je ne peux plus prétendre pardonner
je ne peux plus rejouer le passé
les faux-départs les faux-aimants
les fossés des histoires des mémoires
des amantes coup de vent
et cette lumière devant qui vacille
pourquoi ne l’ai-je pas prise?
ce désir toujours comme refrain
celui du vide enfin
celle des jours sans vin
et du bonheur sans fin
et si peut-être au fond
des mères et des enfances
se trouvait la réponse
aux éclats de souffrances
des rires sans rides
des yeux profonds, limpides
mais si triste, si triste parfois.

Avec toi

Avec toi j’oublie

que le temps n’a de prise

que sur ceux

qui

entre leurs doigts

le laisse filer

 

Avec toi j’oublie

que le passé est

dans chaque

instant

présent

 

Avec toi j’oublie

les écorchures infectés

des souvenirs

d’enfant

 

Avec toi j’oublie

que le fragile équilibre

en deux mots

peut

encore

se retourner

 

Avec toi j’oublie

que chaque jour

sur le fil

est un jour

passé

à ne pas tomber

 

 

Avec toi j’oublie

que le monde

n’est pas

pour tous

celui dans lequel

je vis

 

Avec toi j’oublie

la peur

des demains gris

d’où surgissent

les folies

 

Avec toi

je vis

aujourd’hui

et

peut-être

demain

aussi.

Chroniques du Lavomatic#1

Je n’avais toujours pas ouvert mes volets, du coup, je ne savais pas s’il pleuvait ou pas. Mais j’étais résolue à aller au Lavomatic. Mon tas de linge sale ne diminuant pas tout seul, je devais faire quelque chose. Donc, aller au Lavomatic. Jour de semaine, je me lève exprès très tôt pour y aller. Il fait gris et finalement il n’était pas aussi tôt que j’aurais voulu. Je mets mon linge dans la machine n°3 (je prends toujours la machine n°3) et je me dis que merde, je n’ai pas de lessive, j’ai pas envie d’aller en chercher au magasin U et en même temps payer un euro la lessive minable de l’établissement-lavoir ne m’enchante pas non plus. Je me dirige vers le distributeur de lessive, et, chouette, quelqu’un a oublié d’utiliser la lessive. Je prends ça comme un cadeau. Je la verse dans le réceptacle prévu à cet effet et vais prendre mon allongé en lisant au café du coin. Trente minutes plus tard, je reviens attendant patiemment la fin de l’essorage (j’aime bien le son de l’essorage). Là, un mec, taille moyenne, sec, nerveux, rentre en cachant son visage et va se poster sur la machine n°4 en me tournant le dos. Il sort un truc de sa poche, l’ouvre, ça fait clac, en deux mouvements l’emballage est dans la poubelle, j’entends le bruit du tapotement d’un plastique dur sur la machine, il se penche, inspire deux fois très fort, et se dirige vers la porte. Il se tourne un peu vers moi, nos regards se croisent, avant de partir en remontant ses épaules si haut que ça tête y disparait. Ses yeux, brillants. Et une détresse infinie au fond. Bon, je me dis, il va falloir que j’écrive sur ce qui se passe au Lavomatic. Je sors mon linge de la machine. Ça pue. Malgré les apparences, ce n’était pas de la lessive mais de la poudre de désinfectant. Je me demande si c’est là où je cacherais ma came, si j’étais une junkie du mardi à 9h18. J’ai peut-être lavé mon linge avec de la came mal coupée. Va savoir, ce Lavomatic a à chaque fois une histoire à raconter. Je fais quand même sécher, ça pue toujours. Je rentre chez moi et sur le chemin il se met à pleuvoir. Dans tous les cas il va falloir que j’y retourne, parce que ma pile de linge sale ne diminue toujours pas toute seule, et qu’il y aura, sûrement, une autre histoire à raconter.

Poésie tout terrain#2

[Poésie tout terrain, c’est de la poésie personnelle faite avec les autres, c’est à dire de la poésie écrite en atelier, avec des copains, dans des canapés, dans des bars et jusque sur les pavés!]

Parfois, ça ne tient qu’à un mirage

enchantés

étrangers

évaporés

Les corps égarés                [selon l’humeur du moment]

dispersés

vivaces

ambulants

La brume sur les feux, reflets sur les pavés

Entre les éclairs aveuglants

Le cygne sur le fleuve encore noir

Jusqu’au bleu du matin, je m’étourdis

encore au contact de toutes ces danses et de leurs beautés fauves

Les pas sur les ponts

Enivrés des sensations

Les rayons sur la colline

Enlacés pour l’occasion

L’odeur du café dans ta bouche

Irisés des chimies incertaines

La saveur de ta peau ensoleillée

Qui s’échouent au fond de nos bateaux ivres

L’ail dans la poêle huilée

Hagards et assourdis

La couleur de tes iris

Et tous à la recherche de l’amour, de l’aimant, de la jouissance de l’instant,

je ferme les yeux de sommeil, d’épuisement.

Poésie tout terrain#1

[Poésie tout terrain, c’est de la poésie personnelle faite avec les autres, c’est à dire de la poésie écrite en atelier, avec des copains, dans des canapés, dans des bars et jusque sur les pavés!]

Posséder

perturber

assouvir

et s’offrir

Hurler aux commissures

et s’affronter aux engelures

Combattre

libérer

adorer et haïr

Provoquer les avions

et brûler les finitions

Saluer

purifier

recevoir

et user

croire aux mauves éternels

vomir aux désespoirs si frêles

Car il faudra

bien un moment

que nous apprenions à taire

ces profondeurs salutaires.

 

 

 

M.o.ts

Ces mots que j’avais cru

n’être que poison

m’avoir trahis

Dans la foulée sauvage

ouvre soudain des mondes infinis

Si ce n’est l’orage

que l’oracle n’a pas compris

Je contemple les vagues

qui en moi se tarissent

ouvrent les paysages radieux

mais contrastent l’infini

Je vogue avec emphase

Je prends les mots amis

Je crois qu’il n’est pas tard

je crois aux verbes insoumis

et si quelqu’un.e entrave

la soif de nouvelle énergie [poésie]

prend le volant du langage

reprends ce qui t’est acquis

vole, bat, soulage

tes désirs que tu soupires

aujourd’hui encore tout bas

demain que tu crieras

par dessus les toits

des villes des bruits

et couvriras le ruissellement

ébahiras

réveilleras

en toi les mots trop longtemps endormis.

Des mots à soi

Voilà,

je me lance. Ça me trotte dans la tête depuis un petit moment, j’embraye sur la phase réalisation. Un blog, donc. De quoi il sera fait, ça, rien n’est encore très certain. De mots, il en sera sûrement question. Il en sera même rempli. D’espaces entre les mots aussi. Des écrits : des nouveaux, des anciens. Des éphémères, des qui resteront. Des plus courts et des plus longs. Des coups de gueules, des coups de cœurs, des coups de pubs, peut-être, aussi. Bref, ce sera ce que j’écris, mais pas que. Ce sera ce que je vis, mais pas tant. A partager,  surtout. A débattre, à ressentir. Des mots pour vivre soi, qui que l’on est. Pour le moment, c’est tout ce qui me vient, et c’est déjà suffisant. Je vous laisse donc avec ces mots, qui sont autant à vous qu’à moi.