ONE SHOT #5 : TRAVAIL, FAMILLE, GAFAM

ONE SHOT, c’est un glanage de phrases, de conversations passées au filtre de la mémoire et de la nécessité du geste littéraire. ONE SHOT n’est pas ou peu retravaillé, c’est un geste spontané, avec toutes les fragilités que cela implique. ONE SHOT, c’est du documentaire fictionnalisé ou de la fiction documentaire, comme on veut.

7 milliards, tous surveillés ?
Votre publication ne respecte pas les standards de la communauté
La France, vice-championne du monde de la censure sur Facebook ?
Sécurité ou libertés publiques : faut-il choisir ?
Les GAFAM, l’équivalent du 3e PIB mondial
« Moi les hommes, je les déteste » : le livre féministe menacé de censure. Quelle blague !
Loi sécurité globale : surveillance généralisée des manifestations
Hommage à Samuel Paty dans les écoles : « les dérapages seront remontés au parquet » affirme l’académie de Paris

–  C’est fini. J’arrête le cynisme

–  *s’étrangle

–  C’est pas une blague, j’arrête, là maintenant, c’est fini !

–  Si c’est comme arrêter de fumer, tu vas tenir quoi, trois mois ?

–  Je ne sais pas, j’ai arrêté dix-huit mois une fois

–  T ‘arrête le cynisme, mais tu te mets à quoi alors ?

–  Au qi gong

–  Sur ton ordinateur ?

–  Il semblerait qu’on ne puisse pas aller apprendre en Chine actuellement.

–  Outil de dispersion, l’ordinateur

–  Heureusement, je n’ai pas beaucoup d’internet, je rationne

–  Bon malgré ce retour à un mode de vie plus sain, plus serein, moins toxique -dis-moi

d’ailleurs comment est-ce bien compatible avec une PANDEMIE MONDIALE PLANETAIRE INTER-GALACTIQUE autour de nos têtes- pourquoi tu veux quitter le cynisme comme ça ? Ça te plait plus ? C’est confit pourtant, t’arrêtes le canard aussi ?

–  Je passe au gingembre

–  ça fait sens : tu savais qu’il y avait une corrélation entre un régime carnivore et un

comportement colérique ?

–  Non, mais j’imagine que tu vas me sortir une étude pondue par les végées anonymes ?

–  Hé, c’est quoi cette violence gratuite ? Ça serait pas un peu cynique ça ?

–  Non ma chère, c’est de l’ironie. Mais tu as raison, c’était totalement gratuit : si j’étais un peu plus rigoureuse sur mes convictions par ailleurs, je serais végane. Aucune raison de taper sur les végées

–  Bon alors, dis-moi, pourquoi tu veux arrêter l’ironie, le sarcasme, le cynisme ? Tu sais que si tu ne parles pas de baise dans les trois prochaines phrases, et qu’en plus tu arrêtes de faire rire en soulignant l’absurde cynisme de ce monde, ton maigre lectorat va se réduire à toi et moi

–  ça, c’était du cynisme par exemple

–  Sans blague. Alors ?

–  Facebook

–  Quoi Facebook ?

–  Je t’explique. J’avais commencé à écrire un texte qui s’appelait « Chroniques et Poèmes sarcastiques à prendre au premier degré sur la condition d’être d’une gouine peut-être femme peut-être poète »…

–  Poser gouine, c’est déjà ça, même si c’est « Lesbienne » le terme, sur Youporn.

–  … et à ce moment là j’en avais marre d’un certain nombre de choses…

–  Oui bon, comme à peu près tout le temps non ?

–  … mais surtout l’absurde omniprésence médiatique des HSBCs quand il s’agissait de parler des questions relatives aux femmes, aux féminismes, à à peu près tout en fait…

–  On me dit dans l’oreillette qu’HSBC n’est pas familier de tout le monde

–  … Homme Straight Blanc Cisgenre. J’aime bien parce que c’est comme la banque bien pourrie aussi, même si l’hypercaractérisation généraliste, tu sais bien, c’est pas mon truc…

–  Tu vas digresser encore longtemps ?

–  Je ne digresse pas, je contextualise !

–  Trop de contexte, là

–  … Et donc, je commence à cracher sur certains hommes, leurs vanité, leurs bites et leurs couteaux en croisade et en premier-plan en permanence, même chez les poètes, ceux que j’ai pu admirer un temps et puis j’en ai ma claque, j’ai plus envie de les lire, de les admirer, de m’inspirer d’eux…

–  Okaye…

–  Donc j’écris que je deviens misandre. Et puis après, je sais pas, j’avais envie de provoquer et de scandaliser un peu mais en y réfléchissant bien, aussi parce que je lisais La Faculté des Rêves à ce moment-là, biographie fantasmée de Valérie Solanas par Sara Stridsberg, je me suis dis que c’était un peu vain de chercher la provocation en allant sur ce terrain là, donc j’abandonne l’idée de pousser plus loin. Tout a déjà été dit ma bonne dame !

–  Et?

–  Trois jours après, sur Facebook, je tombe sur cet article qui parle de la lettre envoyé avec menaces de poursuites judiciaires par je ne sais plus quel secrétaire d’Etat à l’égalité femmes/hommes, à je ne sais plus quelle maison d’éditions, qui éditait en genre 150 ou 200 exemplaires, un livre qui s’intitule Moi les hommes, je les déteste de Pauline Harmange, pour cause d’incitation à la haine. L’autrice en est fortement surprise, la maison d’édition associative, assez petite, terrorisée, mais la plus belle blague, c’est que l’autrice le faisait sur un ton humoristique, comme on peut évidemment s’en douter avec un tel titre. Quelques semaines plus tard, gros buzz autour de ce bouquin donc, qui a été à nouveau tiré, etc… Et est maintenant édité au Seuil, à 30000 exemplaires.

–  Le lien avec le cynisme ?

–  Aucun. Mais à peu près au même moment Facebook censure des pages anarchistes antifascistes américaines en même temps que celle de Qanons. D’une part, rapprocher une pensée et des actions anarchistes de celle d’une pensée complotiste, confusionniste haineuse, raciste, fasciste…

–  C’est en effet assez questionnant

–  Oui, finalement, ce qu’ils cherchent à faire taire n’est pas seulement ce qui est considéré comme un délit dans nombres de démocraties, incitation à la haine, racisme, sexisme, homophobie, apologie nazi etc, mais aussi ce qui peut mettre en danger leurs représentations du monde et leurs intérêts à savoir produire davantage de fric en exploitant les données personnelles des utilisateurices de son réseau social.

–  Bonjour la démocratie.

–  Parce que tu crois encore qu’on vit dans une démocratie toi ?

–  Je croyais que tu arrêtais le cynisme.

–  C’est là où je voulais en venir : au-delà du fait que les réseaux sociaux ont un impact énorme sur l’exercice de la démocratie au vu de leur poids dans le débat public, en devenant les nouveaux censeurs, ils amènent le terrain de la censure pour défendre des intérêts privés de multinationales…

–  Ce n’est pas nouveau ça, Nizan, les Chiens de garde, 1927 ?

–  1932… Mais les chiens de gardes sont devenus les maîtres ! En dépolitisant cet espace leur propre idée politique est on ne peut plus claire : faire de l’utilisation des réseaux sociaux uniquement un échange de données qui permet ensuite de générer des profils types et vendre ces données à d’autres entreprises afin de transformer l’utilisation en consommation. La couleur politique de l’utilisateurice est une donnée comme une autre, permettant de lui vendre ensuite des produits adaptés. Même si iel apparaît comme anti-capitaliste : tant qu’iel sera sur le réseau, elle continuera à alimenter la machine à fric que sont nos données personnelles, le réseau social n’a d’autres intérêts que de nous y faire passer le plus de temps possible pour récolter au maximum de données…

–  A ce sujet, et à nos addictions à ces réseaux sociaux, voir l’excellente mini-série Dopamine sur Arte

–  … Mais critiquer ouvertement des politiques étatiques en donnant des solutions concrètes sur comment s’organiser sans, contre, repolitiser nos quotidiens par la solidarité, l’entraide et la lutte, l’autonomie… C’est apparemment un danger trop grand pour Facebook.

–  Qui décide de ce qu’est la violence…

–  … est bien souvent le premier initiateur de celle-ci. Attention, je ne nie pas le danger de la propagande que l’on peut trouver sur ces réseaux et la potentielle radicalisation vers des formes de terrorisme pour changer vers un monde que je ne souhaite à personne

–  Oui, comme tu mets 4-5 mois à finir un texte, entre temps, il y a eu l’assassinat de Samuel Paty, une montée d’islamophobie sans précédent, une riposte démonstrative de l’état qui n’a rien de la défense des « valeurs républicaines », et une montée de la violence des deux
« côtés », tant au niveau intra- que international.

–  L’effet de bulle sur les réseaux sociaux crée aussi l’impression que c’est tout le débat public qui s’y passe, avec une polarisation extrême des positions de part et d’autres, ayant d’ailleurs tendance à glisser très rapidement à des insultes et menaces de morts -Soutien à Alice Coffin!- des campements de position, plutôt qu’à un vrai débat. Alors qu’en fait, aux Etats- Unis par exemple 90% du flux twitter c’est 10% des personnes inscrites à Twitter, là-bas, ça ne peut pas être ce reflet de la société autant qu’on le pense.

–  Les politologues qui pensaient que Trump n’était qu’un « accident de l’Histoire » sont un peu en train de revoir leurs analyses… Tronquées par cette impression que les réseaux sociaux sont nécessairement le reflet d’une tendance des opinions et idées politiques dans la population globale.

–  Oui, c’est sûr que l’accès à l’information est plus facile pour les chercheureuses, mais il y a un biais évident.

–  Voilà, en limitant le débat public aux débats sur twitter ou sur les plateaux télés, on est totalement déconnectées, en fait, de…

–  Des brèves de comptoir ?

–  Haha, ouip, entre autres.

–  Mais qu’est-ce que Facebook vient faire dans ton cynisme ?

–  Facebook me rend cynique.

–  Comment ça ?

–  Pour toutes les raisons évoquées plus haut. Et surtout l’effet des algorithmes qui vont aller dans mon sens et donc me proposer encore plus de contenus qui m’insurgent, et donc me rendre de plus en plus perméable aux émotions souterraines que peut soulever chez moi l’actualité à laquelle j’ai accès par ce réseau. Mécanisme de protection : d’ironique, je deviens cynique.

–  Et qu’est ce que tu comptes faire ?

–  Quitter Facebook. Je ne veux plus être à la merci d’un algorithme, qui -soit-dit en passant sont loin d’être neutre, écrits majoritairement par des…

–  …HSBCs !

–  Indeed, et participer à un réseau de collecte de données personnelles pour mieux nous contrôler, nous influencer, nous orienter vers une société d’individus ne sachant plus ni relationner, ni remettre en question la manière dont on relationne, et nos modes de gouvernance.

–  C’est vrai que dit comme ça, c’est un peu flippant

–  Le principal problème c’est que peu de gens ont l’air de se rendre compte que les nouvelles manières d’exercer la censure ont un but politique très clair : continuer à préserver et perpétuer un système qui exploite jusqu’au besoin de relations sociales inhérent aux êtres humains, et qui aseptise toute pensée divergente de l’idéologie ultra-capitaliste. Les GAFAM deviennent un supra-état, court-circuitant toute tentative de démocratie, ayant un poids énorme dans les décisions politiques.

–  … et exploitant au maximum les failles juridiques apparues avec le web et les politiques fiscales plus que poreuses de certains Etats.

–  En effet. En fait, on est toujours dans un double jeu avec les réseaux sociaux majoritaires : étant majoritaires, ils touchent plus de monde et permettent de mieux diffuser. Je pense par exemple à cet article lu il y a quelques années, comme quoi pour les jeunes artistes, Instagram était le meilleur moyen de se faire découvrir. Et puis, ça a aussi permis aux Gilets Jaunes d’émerger et de s’organiser, aux printemps arabes en 2010, etc… Mais dès que ces groupes revendiquent de l’autonomie politique et une sortie du capitalisme, tout à coup, dans un premier temps les audiences des pages actives baissent, puis sont peu à peu censurées.

–  En somme, ils ne sont pas défenseures de la démocratie, mais du capitalisme.

–  Oui, et avec la loi « sécurité globale » qui va être bientôt discutée à l’Assemblée Nationale, nos moyens de critiquer, de diffuser et d’informer sur les dérives de notre fameux « Etat de droit »

–  …épinglé par l’ONU, par Amnesty international entre autres pour sa gestion du maintien de l’ordre et ses violences policières…

–  La réponse médiatique française était hallucinante ! Sur France 2, chaîne d’Etat, le présentateur, Pujadas, qui parle de Michèle Bachelet comme un bon vieux paternaliste qui, m’enfin, a toujours plus de raisons qu’une femme avec un parcours politique impressionnant, et en charge d’une commission à l’ONU. Et la valse des éditocrates

–  …Il est plus que nécessaire de trouver un moyen de sortir de ces ornières de la censure étatique et supra-étatique.

–  …

–  Et tu pense à quoi ?

–  A Murray Bookchin.

–  Okaye…

–  Déserter les réseaux sociaux, pour investir les réseaux alternatifs, auto-hébergés, autogéré, libres…

–  Type Mastodon ?

–  Par exemple. Créer des réseaux et des instances de décisions politiques à des échelles locales, organisées en fédérations ensuite, jusqu’au moment où les institutions gouvernementales ne seront plus qu’obsolètes. C’est un processus lent, qui demande beaucoup d’investissement et de temps que pas tout le monde n’a le luxe d’avoir, mais qui permettrait de se réapproprier doucement notre droit à gouverner de nous-même.

–  Ouais, mais comment tu gères, par exemple, puisqu’on est en plein dedans : la Santé ? L’accès à l’éducation ? Tu mets quelques jours de plus à finaliser un texte, et on est de nouveau confinées, et le gouvernement continue son lent sabotage de l’hôpital public, des centaines de lits d’hôpitaux fermés depuis le premier confinement… De nouveau du grain à moudre.

–  Il y a déjà des choses qui on été mise en place, notamment en Grèce après la grande crise de 2008 avec un système de dispensaires basés sur la solidarité et une coopération locale des soignantes et soignées.

–  Mais ça sera pour un autre texte ?

–  Mais ça sera pour un autre texte.

–  Tarde pas trop, ou tu seras encore dépassée par l’actualité…

[EXTRAITS] Poèmes sarcastiques à prendre au premier degré sur la condition d’être d’une gouine peut-être femme peut-être poète

(…)

La fin du rire et des larmes

Je pourrais continuer

à faire semblant de rire

Mais bon

c’est plus trop l’époque

Et puis

pleurer non plus

ça prend du temps

de l’énergie

ça n’arrange pas le teint

déjà brouillé à la base

ça fait un bruit parfois difficilement supportable

même si en vrai

je pleure en silence

Le silence

ça ça devient difficile à supporter

je veux dire

mon silence à moi

Il y a pourtant

suffisamment de gens qui l’ouvrent

Partout tout le temps

commentent

opinionnent

gloisent

toisent

et surtout surtout

quand ça ne les concerne pas

directement

C’est fou ça

Ces gens qui

se permettent

à longueur de temps

de s’exprimer

à la place de

pour le bien de

sans jamais jamais

écouter s’informer auprès

demander

C’est devenu

une constante

Parler de féminisme

sans féministes et sans femmes

Parler de voile

sans femme musulmane voilée

Parler de racisme

sans une personne racisée

Parler d’homoparentalité

sans famille concernée

Parler de migrations

sans personnes migrantes

Et j’en passe

tellement tellement

C’est d’un lassant

ça tue

J’en peux plus

Il semblerait cependant

que malgré la surproduction de discours

il faille donc l’ouvrir malgré tout

Au risque

que l’hypersensibilité

me tue aussi

Je crois que :

On en peut plus

depuis longtemps

On déserte

On fait sécession

On ira planter des coquelicots ailleurs

Mais ne vous étonnez pas

si avant ça

On se la fait suffragette-style

Et qu’on vous pose quelques bombes

Dans vos temples hétéro-patriarcals

Pour revenir au silence :

Deux phrases

The silence will not protect you

et

Transformation of silence into paroles and action

1977

C’était il y a longtemps

Certes

Pourtant

ça résonne toujours

même si les termes ont changé :

Il faut se faire entendre

dans le bruit constant

On a plus vraiment le choix

L’enjeu a toujours été

de survivre malgré tout

de ne pas se faire tuer

à la fin de la journée

de ne pas mourir

de haine intériorisée

de ne pas disparaître

parce qu’on serait devenu aphone

sans alliées

déchirées

Mais peut-être

dans le bruit constant

chuchoter

en choeur

faire sauter les Coryphées

chacune

des

voix

ensemble

jusqu’à

submerger

la voix

des HSBCs

de leurs plateaux télés

dans tous les bars et café

qui est franchement

outrageante

(Si tu as quelque chose à dire et que tu veux être entendu, alors tu dois porter un masque

dit Banksy)

Je lisais dernièrement

La faculté des rêves de Sara Stridsberg

biographie fantasmée

de Valérie Solanas

Je n’ai toujours pas lu

SCUM Manifesto

Attraction-Répulsion

Peur peut-être

d’avoir très envie de ça

Cutting up all men

alors que bon

j’ai de très bons amis

avec des bites entre leurs jambes

depuis leur naissance

et qui sont à l’aise avec ça

nés au bon endroit de leur corps

Je m’en voudrais

de leur enlever

ce qu’ils estiment bien souvent

comme leur bien le plus précieux

et que je me suis souvent dit

que le féminisme

c’était plutôt une question d’hommes

finalement

Nos ascendantes ont fait une partie du taf

à eux

de prendre le relais

Enfin seulement si

Ils ne veulent pas se retrouver

avec leurs bites et leurs couilles

en sautoir autour du cou

[L-O-L Emoji Clin d’oeil Emoji Couteau Emoji Sourire Carnassier]

Comme j’ai jamais trop eu l’utilité

de cet accessoire dans ma vie

ça me dérangerait pas

Même si les potesses hétéros

seraient pas forcément d’accord

« C’est la seule chose que j’aimerai qui rentre dans mon vagin en ce moment »

m’a dit l’une d’entre elle

pas plus tard qu’hier soir

D’accord

je comprends

Après

je suis pas pratiquante

mais il paraît qu’il y a des sex toys

tout aussi performant

Gros phantasme des hommes sur youporn

des meufs avec des dildos

Mais je serais de ceux-là

je me méfierais :

Après tout l’automation de la société

impactera aussi la sexualité

et

de toute façon

vous n’êtes plus indispensables

Vous faites bien

de commencer à avoir peur

Les femXs qui savent pénétrer

risquent bientôt

de vous remplacer

Mais là je crois

que je n’en peux plus

de cette sur-représentation de l’homme

partout

tout le temps

et leurs obsessions

pour leurs attributs masculins

insidieuses

cette obsession

de la mettre partout

partout

tout le temps

Maintenant

j’en viens même

à m’agacer de leurs poésies

de leur prétendues subversions

à parler de bite et de merdre

et se gargariser entre eux

se congratuler entre eux

Vieux cons.

Merde

Je crois que je deviens misandre

En tout cas

mon moi poétique

oui

Mais est-ce qu’après tout

nous ne sommes pas toutEs des fictions ?

Des fictions à explorer ?

Je continuerai donc à explorer

mon moi poétique misandre

à mesure que je continuerai d’explorer

un monde littéraire sans les (h)ommes

contre les (h)ommes

avec leur bites en accessoire plastique

autour de nos hanches

Leur peur ancestrale

de l’émasculation

c’est un sentiment

agréable à envisager

Un peu de cruauté

de généralisation sauvage

contre leur bites et leurs couteaux

couper leurs bites avec leurs couteaux

je vous laisse

savourer l’idée

qui n’a rien de révolutionnaire

mais qu’il est toujours bons

de rappeler de temps en temps

Je me suis laissée emporter :

je voulais parler de Sara Stridsberg

de sa langue

qui a chaque fois

me heurte et me déplace

à un endroit de la littérature

qui m’excite et m’épingle

Wikipedia me dit

que ses influences sont

Elfriede Jelinek et Sarah Kane

Et

Comme ça a longtemps été

Les miennes

Cette sorte de déférence

A celles avant nous

qui explorent

ce que veut dire écrire

ce que veut dire dire

ce que veut dire mourir

et peut-être peut-être

quelque part vivre

dans des langues

qui ne me sont pas maternelles

Cette volonté mimétique

qui toujours échoue

parce que ta langue n’est pas la mienne

ta mère n’est pas la mienne

Et qu’après tout

écrire à la manière de

est-ce vraiment écrire ?

La première fois

que je l’ai rencontrée

c’était un extrait de

Dissekering av ett snöfall

je ne sais pas

si il a été

entièrement

traduit en français

[Google dit : oui]

et la traduction que nous avions étudiée

c’était

celle d’un doctorant

et je m’étais dit

mais pourquoi un homme vient encore nous parler de femme

a fortiori

d’une femme qui se pose la question

Est-elle une femme ?

j’avoue que je ne voyais pas

ça me mettait un chouïa en colère

l’impression qu’encore une fois

on ne nous laissait pas

prendre en main nos propres narrations

nos propres réflexions

Et je crois que ma colère

venait aussi

du propre endroit de mon genre

à ce moment-là :

étais-je une femme ?

Peut-être pas

Entre temps

J’ai lu un peu

S.C.U.M Manifesto

C’est donc franchement pas révolutionnaire

De vouloir couper leurs bites avec leurs couteaux

(…)

[/EXTRAITS] Poèmes sarcastiques à prendre au premier degré sur la condition d’être d’une gouine peut-être femme peut-être poète

2 réponses sur “ONE SHOT #5 : TRAVAIL, FAMILLE, GAFAM”

  1. Une journée de pute / Poème de fin

    l’angoisse du retour chez soi

    la plénitude du malheur des autres

    la réception du regard

    l’agression désirée

    la sécurité du transport en commun

    la bande passante

    la sortie fermée

    la trajectoire incomprise

    le héros perdu

    l’écran de trop

    l’information à deux grammes

    la soirée dans un bar qui dure cinq minutes

    l’examen complémentaire

    l’orgasme refusé

    le maillot de corps du lendemain

    le pouvoir célibataire

    la flaque ne qui disparaît jamais

    la croyance de l’opercule

    le petit déjeuner dépressif

    l’histoire du caillou

    l’industrie du filtre

    la fermeture du cendrier

    l’adhésif ensablé

    le froid qui flotte

    le sale confortable

    l’appel d’urgence

    le soleil du dimanche

    l’argent du péri-urbain

    l’ivresse du plastique

    le doigt du jardin

    la pente de l’oeil

    l’insecte intime

    l’apostrophe du jour

    l’employé du mois

    le ciel du vide

    le sexe de l’histoire

    la fin de la journée

    PS
    de la part d’un moustachu samedi soir au DOC qui parlait avec Léa acceptant la différence comme une richesse.
    Prof de numérique, metteur en scène et bien moins que ça.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *