ONE SHOT #2 : CELLE QUE NULLE NE POUVAIT FLECHIR

ONE SHOT, c’est un glanage de phrases, de conversations passées au filtre de la mémoire et de la nécessité du geste littéraire. ONE SHOT n’est pas ou peu retravaillé, c’est un geste spontané, avec toutes les fragilités que cela implique. ONE SHOT, c’est du documentaire fictionnalisé ou de la fiction documentaire, comme on veut.

 

CELLE QUE NUL NE POUVAIT FLECHIR

Le rose derrière les mamelles de Beaune.

Après la lecture de Pascal, j’ai failli devenir croyant. Catholique.

Tant d’injustices, c’est à n’y rien comprendre.

Ces gens-là n’ont pas la mesure de l’argent.

Il n’a jamais souffert de la faim, même pendant la guerre.

La fascination du pire chez les Martin, c’est inéluctable.

CELLE QUE NUL NE POUVAIT FLECHIR

(…)

  • Ta grand-mère a commencé à travailler bien avant moi. Les études d’infirmières sont bien évidemment plus courtes que celles de médecin.
  • Mais elle travaillait déjà avant, non ?
  • Oui elle avait déjà été infirmière dans son camp de FFI. Puis dans un hôpital militaire après la guerre. Elle a pu faire ses études de masseuse à Paris, parce qu’elle avait aidé une famille de Juifs à se cacher, et par reconnaissance, ils l’avaient hébergée après la guerre. Mais la reconnaissance, elle s’en fichait, elle a tout refusé ensuite, tout, la décoration, l’argent…
  • Ah bon ?
  • Oui, d’après elle, il y avait assez d’argent. On n’a jamais été en manque d’argent. Elle a refusé, et les honneurs avec.
  • Le camp de FFI dont tu parles, c’était celui de Largentière?
  • Oui à Largentière. Elle a été boîte aux lettres avant. Agent de liaison. Les messages cachés dans le guidon du vélo. Elle a amené des juifs jusqu’en Espagne aussi.
  • Elle n’a jamais voulu raconter tout ça. J’ai essayé, mais à chaque fois elle disait « C’est normal, j’ai fait ce qui était juste. » et elle changeait de sujet. Une fois, nous épluchions les patates dans la cuisine, elle râlait parce que je laissais trop de chair sur les épluchures, elle disait « On voit que tu as pas fait la guerre, toi » et je lui ai demandé de me la raconter, la guerre. Elle a pris une grande respiration, a dit « Maman a… » et elle s’est mise à pleurer. Je n’ai plus jamais réessayé après ça.
  • Elle ne m’a jamais raconté tout ça non plus. C’est le voisin qui me l’a dit.
  • Le même voisin qui l’a dénoncée à la Gestapo ?
  • Le même.
  • J’ai fait des recherches au CHRD de Lyon. Dans un de ses délires, après le début d’Alzheimer, elle avait parlé du capitaine Georges. J’ai cherché dans les récits des maquis d’Ardèche et je suis tombée sur le capitaine Georges, au maquis de Largentière. Ça me paraissait bizarre, parce que c’est l’Ardèche du Sud, Largentière, ce n’est pas tout à fait à côté de la maison de Mercuer. Il y avait le récit d’un attentat contre les nazis. Les allemands. Je ne sais jamais vraiment comment dire, allemand ou nazi. Mais ils ne faisaient pas état de femmes impliquées dans l’attentat.
  • Elle soignait les blessés. Elle était courageuse ta grand-mère.
  • Oui, elle était courageuse.
  • Je crois que c’est à cause d’elle que j’écris. Elle nous a toujours serinée, moi en particulier, avec « le devoir de mémoire ». Toujours, ne pas oublier, ne jamais oublier, pour que jamais cela ne se reproduise. Les centaines de bouquins sur la Shoah, le régime nazi, partout dans votre maison. Et elle ne nous a jamais rien raconté de sa propre histoire. De notre propre histoire.
  • Alors, il ne te reste plus qu’à documenter et imaginer.
  • Il ne reste plus qu’à imaginer.

CELLE QUE NUL NE POUVAIT FLECHIR

« Agent de renseignements de haute valeur. Dans la résistance depuis 1942 a rendu d’éminents services. Jeune fille ayant des qualités de courage et de sang froid qui ont été maintes fois mises à l’épreuve. A assuré des missions délicates et périlleuses avec plein succès. Au moment de l’insurrection nationale a été pour les maquisards de l’Ardèche une infirmière dévouée, ne ménageant ni sa peine, ni son temps et passant plusieurs nuits à leur chevet, surmontant la fatigue physique avec une abnégation à toute épreuve. A bien mérité de la résistance en Ardèche. »

CELLE QUE NUL NE POUVAIT FLECHIR

Une réponse sur “ONE SHOT #2 : CELLE QUE NULLE NE POUVAIT FLECHIR”

  1. Ces juifs qu’elle a aidé étaient installés en France depuis les pogroms russes de la fin du XIXème. J’ai oublié leur nom, peut-être que cela me reviendra.

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