Chroniques du Lavomatic#1

Je n’avais toujours pas ouvert mes volets, du coup, je ne savais pas s’il pleuvait ou pas. Mais j’étais résolue à aller au Lavomatic. Mon tas de linge sale ne diminuant pas tout seul, je devais faire quelque chose. Donc, aller au Lavomatic. Jour de semaine, je me lève exprès très tôt pour y aller. Il fait gris et finalement il n’était pas aussi tôt que j’aurais voulu. Je mets mon linge dans la machine n°3 (je prends toujours la machine n°3) et je me dis que merde, je n’ai pas de lessive, j’ai pas envie d’aller en chercher au magasin U et en même temps payer un euro la lessive minable de l’établissement-lavoir ne m’enchante pas non plus. Je me dirige vers le distributeur de lessive, et, chouette, quelqu’un a oublié d’utiliser la lessive. Je prends ça comme un cadeau. Je la verse dans le réceptacle prévu à cet effet et vais prendre mon allongé en lisant au café du coin. Trente minutes plus tard, je reviens attendant patiemment la fin de l’essorage (j’aime bien le son de l’essorage). Là, un mec, taille moyenne, sec, nerveux, rentre en cachant son visage et va se poster sur la machine n°4 en me tournant le dos. Il sort un truc de sa poche, l’ouvre, ça fait clac, en deux mouvements l’emballage est dans la poubelle, j’entends le bruit du tapotement d’un plastique dur sur la machine, il se penche, inspire deux fois très fort, et se dirige vers la porte. Il se tourne un peu vers moi, nos regards se croisent, avant de partir en remontant ses épaules si haut que ça tête y disparait. Ses yeux, brillants. Et une détresse infinie au fond. Bon, je me dis, il va falloir que j’écrive sur ce qui se passe au Lavomatic. Je sors mon linge de la machine. Ça pue. Malgré les apparences, ce n’était pas de la lessive mais de la poudre de désinfectant. Je me demande si c’est là où je cacherais ma came, si j’étais une junkie du mardi à 9h18. J’ai peut-être lavé mon linge avec de la came mal coupée. Va savoir, ce Lavomatic a à chaque fois une histoire à raconter. Je fais quand même sécher, ça pue toujours. Je rentre chez moi et sur le chemin il se met à pleuvoir. Dans tous les cas il va falloir que j’y retourne, parce que ma pile de linge sale ne diminue toujours pas toute seule, et qu’il y aura, sûrement, une autre histoire à raconter.

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